ROUSSEURS
Définition
Rousseurs : les rousseurs sont de petites taches, du jaune au brun-rouille, qui apparaissent avec le temps sur le papier des livres anciens. On utilise parfois aussi le terme anglais foxing.
Dans une notice de catalogue
C’est l’une des mentions d’état les plus courantes, avec toute une gradation qu’il est intéressant de savoir interpréter. « Quelques rousseurs » ou « rousseurs éparses » : des taches isolées, sans gravité ; « rousseurs claires » ou « pâles » : peu visibles ; à l’autre bout, « nombreuses rousseurs » ou « exemplaire piqué » signalent une atteinte plus marquée, qui gêne la lecture ou l’aspect. Une notice précise souvent quelles sont les parties concernées : « rousseurs marginales » (dans les marges, moins gênantes), « rousseurs affectant les planches » (plus ennuyeux, car elles touchent l’illustration).
Deux mentions voisines à distinguer : les mouillures (auréoles laissées par l’humidité, aux contours nets) et le brunissement (le papier qui fonce uniformément). Enfin, méfiance devant un exemplaire annoncé « lavé » ou « d’une grande fraîcheur » sur un livre habituellement roussi : les rousseurs ont parfois été retirées par un traitement chimique, ce qui n’est pas un défaut mais mérite d’être su.
Pourquoi la provenance importe
Dans l’immense majorité des cas, les rousseurs restent avant tout un défaut d’apparence. Elles sont si répandues (surtout sur les papiers industriels de la fin du XVIIIe jusqu’au début du XXe siècle) qu’un exemplaire parfaitement blanc de ces époques est plutôt l’exception. Les fuir systématiquement, c’est se priver du plaisir de nombreux bons livres. Leur impact sur la valeur d’un exemplaire est réel mais modéré, et surtout relatif à leur quantité et aux endroits où on les trouve : quelques taches dans les marges ne comptent guère ; de nombreuses piqûres sur une gravure recherchée, bien davantage.
Une nuance, toutefois, que la recherche récente a mise en lumière : certaines rousseurs sont d’origine fongique, et les micro-organismes en cause peuvent rester actifs dans les fibres. À l’échelle d’une vie de collectionneur, la dégradation reste minime (on n’est pas dans le cas du papier acide qui se délite). Mais cela rejoint le seul vrai geste de conservation qui vaille ici : les rousseurs évoluent avec l’humidité et certaines peuvent gagner d’un feuillet à l’autre. Un exemplaire conservé au sec est un exemplaire dont l’état se stabilise.
En somme, la question n’est pas « y a-t-il des rousseurs ? », car il elles sont fréquentes mais plutôt « où se trouvent-elles et en quelle propotion ? ».
Un exemple

Ces deux pages portent des rousseurs éparses, bien visibles. C’est le cas le plus courant qui soit : le papier est piqué, mais le texte reste lisible et les gravures sont peu touchées. Rien ici ne menace le livre ni sa solidité, ni sa lecture. Une notice décrirait sans doute « rousseurs éparses » ou « quelques rousseurs » et un exemplaire dans cet état reste tout à fait digne d’être collectionné.
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