NERFS

Définition

Nerfs : les nerfs sont les supports (lanières de cuir ou ficelles de chanvre) sur lesquels sont cousus les cahiers d’un livre ; sur une reliure traditionnelle, ils sont visibles et forment des reliefs qui barrent le dos de petits « bourrelets ».

Dans une notice de catalogue

« Dos à nerfs » signifie que le dos présente ces reliefs de manière visible ; « dos à 5 nerfs », par exemple, en précise le nombre. Par opposition, « dos lisse » décrit un dos sans relief, mais attention : un dos lisse n’est pas nécessairement un dos sans nerfs. Les supports de couture peuvent avoir été logés dans des entailles sciées dans le dos (les grecques) : bien réels, mais invisibles. À l’inverse, les faux-nerfs sont des reliefs sans aucun rôle structurel, collés sur une carte à dos sous la couvrure pour imiter une reliure à nerfs, souvent, justement, sur un dos grecqué. Enfin, « nerfs sectionnés » ou « fendillés » décrit un dommage structurel qui nécessite une restauration.

Pourquoi les nerfs sont si importants dans une reliure

Les nerfs sont la colonne vertébrale de la reliure. C’est sur eux que repose l’assemblage des cahiers ; mais dans le cas du passé-carton leurs extrémités sont aussi fixées dans les plats, si bien qu’ils assurent la solidité de l’ensemble corps d’ouvrage–couverture. C’est pourquoi, quand ils cèdent, tout se désolidarise : le livre se détache de ses plats et chaque ouverture l’abîme un peu plus. Leur relief raconte par ailleurs une histoire : cinq nerfs et le dos plutôt d’Ancien Régime, quatre et l’on penche vers le XIXe.

Leur relief raconte par ailleurs une histoire. Le nombre : cinq nerfs orientent vers l’Ancien Régime, quatre vers le XIXe. Le matériau, quand la structure est visible : des lacets de cuir avant le milieu du XVIIe siècle, de la ficelle de chanvre ensuite. Et le style général : les nerfs saillants dominent jusqu’au tournant du XIXe, avant que le dos plat et le grecquage ne s’imposent.

Quelques exemples

La différence ne se voit qu’une fois le nez sur la reliure et elle change le regard qu’on porte sur un exemplaire.

Dos à nerfs en maroquin rouge doré, cinq nerfs saillants, Les Œuvres de Joachim du Bellay 1584
Un dos à nerfs richement doré (Les Œuvres de Joachim du Bellay, 1584) : les cinq reliefs correspondent aux supports de couture logés dessous.
 Dos d'un livre ancien sans couvrure, ficelles de couture transversales reliant les cahiers, page de titre Artillerie 1628
Nerfs sectionnés, la structure apparaît : les cahiers sont cousus sur des ficelles transversales qui ont laissé leur empreinte dans le cuir du dos.
Couverture seule, avec carte à dos et faux-nerf décoratif sans fonction structurelle
Un exemple de faux-nerf : une carte à dos dans laquelle ont été fixées les ficelles qui donnent l’aspect d’un dos à nerfs mais qui ne sont en réalité pas solidaires de la couture

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